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Fred Forest & ChatGPT – Dialogue

17 x 24 cm
176 pages
couverture souple
isbn 978-2-36669-090-3
18 €

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Il y a une question que ce livre pose dès la première page, et à laquelle il ne cesse de revenir : que devient l’art lorsque la machine cesse d’être un outil pour devenir interlocuteur ?

Fred Forest & ChatGPT Dialogue n’est pas un essai sur l’intelligence artificielle. C’est un dialogue, au sens littéral, entre deux auteurs : Fred Forest, 93 ans, pionnier de l’art vidéo et du numérique, et ChatGPT, dont la qualité de coauteur a été authentifiée par huissier de justice. Ce geste, inédit dans l’histoire de l’édition, dit l’essentiel : il ne s’agit pas d’un livre généré par une IA, mais construit avec elle, dans la friction d’un échange réel où chacun des deux auteurs questionne, corrige et surprend l’autre.

À travers ce dialogue, Fred Forest retrace soixante ans d’une trajectoire singulière. Tout commence en 1963, rue des Archives à Paris, quand opérateur téléphonique aux PTT, il voit les voyants rouges du central s’allumer tous à la fois à la fin d’un feuilleton télévisé et comprend, dans ce frisson collectif, que le réseau est vivant. Dès 1967, il est l’un des premiers artistes français à utiliser la vidéo comme médium. En 1977, il publie dans Le Monde un encart publicitaire proposant à la vente un mètre carré de terrain à la frontière suisse érigé en œuvre d’art, convoquant dans un même dispositif critique la presse nationale, le marché de l’art et la spéculation immobilière. L’action lui vaut une convocation au service de la répression des fraudes et une tentative d’interdiction par le procureur de la République, que l’artiste contourne en mettant en vente, à l’Espace Cardin, un « m² non-artistique » à la place du premier. En 1982, au Centre Pompidou, il monte sans budget institutionnel La Bourse de l’imaginaire, installation associant quinze organes de presse nationale et huit heures d’antenne sur France Inter, en utilisant le Minitel alors expérimental. En 1996, il migre son Territoire du m² artistique, implanté depuis 1980 dans l’Oise comme État indépendant autoproclamé, vers Internet, anticipant de plusieurs années les usages artistiques du Web. En 2011, il réalise une performance clandestine au MoMA de New York, et l’année suivante y retourne muni de Google Glass pour filmer les œuvres et les gardiens, retransmettant en direct sur les réseaux sociaux depuis les salles du musée. En 2024, il impose au Centre Pompidou une exposition numérique de ses archives, composée d’une vingtaine d’ordinateurs mis à disposition du public, sans objet, sans cimaise, sans budget.

Ce parcours suit une logique constante : faire du conflit avec les systèmes de pouvoir, institutionnel, médiatique, marchand, le matériau même de l’œuvre. Fred Forest n’a jamais cherché la validation des institutions par le compromis. Il a préféré les infiltrer, les détourner, les forcer à réagir. Sa démarche repose sur une conviction héritée de la vision des voyants rouges en 1963 : le réseau, quelle que soit sa nature, téléphonique, médiatique ou numérique, est vivant. Il relie, il réagit, il révèle des rapports de force. L’esthétique de la communication qu’il théorise dès 1985 avec le philosophe des médias Vilém Flusser et le théoricien Mario Costa n’est pas une théorie du Beau : c’est une tentative de saisir ce qui constitue la sensibilité d’une époque à travers ses modes de communication. À 93 ans, ce dialogue avec une IA en est le prolongement naturel.

L’ouvrage annonce également le développement d’un Avatar conversationnel Fred Forest, projet destiné à prolonger cette voix critique au-delà du temps physique de l’artiste.